Salvador.

Le 10 avril 2007 - Une rectification

Je dois consacrer quelques lignes à la réparation d’une petite injustice commise lors de la rédaction des articles précédents. Ils donnaient l’impression que Salvador se réduisait seulement au Pelourinho et la ville dite "moderne".

Je ramène donc les pendules à l’heure, histoire de corriger l’erreur.

Aussitôt le rideau baissé sur les pôles touristiques habituels, le visiteur découvre que Salvador représente sans doute le meilleur exemple de fusion entre un passé préservant les diverses expressions d’origine africaine et la modernité.

Prudence tout de même, pas de conclusions à l’emporte-pièce !

Si la tradition africaine demeure omniprésente, Salvador n’est cependant pas l’Afrique.
On n’y verra pas la même fièvre et mendicité organisée ou agressive, voire la violence latente, dans la rue. Elles existent bien sûr, on les sent rôder autour de soi, mais elles se manifestent de façon intermittente, moins apparente.

Des hôtels luxueux ouvrent leurs portes dans le centre historique tandis que dans les restaurants, le client s’enivre des plaisirs d’une table ouverte à de nouvelles saveurs. La cuisine portugaise avec le Conventual, le restaurant de l’hôtel Convento do Carmo, Chez Bernard pour la cuisine française ou encore le complexe Pirâmide du Rio Vermelho, sont les meilleurs exemples d’une gastronomie cosmopolite, placée sous la houlette de quelques chefs de renommée internationale. Les tarifs appliqués sont également à la hauteur (en moyenne supérieurs à 50 euros). Mais il y a tant d’autres restaurants pour satisfaire toutes les bourses. On les trouve notamment Avenida Contorno.

La cuisine au kilo ou a vontade, proposée surtout aux gens qui travaillent, reste la formule la plus populaire pour manger à un prix honorable, rarement au-dessus de 12 réals (4,5 euros) avec boissons. Service rapide et large menu. Bonjour l’obésité !

Personnellement, je succombe à une folie gourmande pour un açai na tigela. Je suis l’âne devant lequel on agite la carotte. Rien ne pourra me retenir devant un açai! Quant à sa préparation… Je ne sais pas et je m’en fous parce que c’est délicieux. La mixture est violette, servie fraiche dans un bol avec des tranches de banane saupoudrées de noix ou de cacahuètes.

Néanmoins, les habitudes culinaires peuvent parfois surprendre et malmener nos petits estomacs d’occidentaux gavés de steak-frites, mayonnaise… Comme ce couscous au goût étrange, légèrement sucré, en guise de petit-déjeuner accompagné d’un café encore plus sucré que l’ami Pita s’obstine à me faire ingurgiter tôt le matin, au retour de la pêche.

Paradoxalement, cette ville dressée au bord de l’océan ne semble guère tirer profit de ses 40 kilomètres de plages. Pourtant, elle n’a pas de quoi rougir avec praia do Porto da Barra, de Itapuã, Flamengo pour les amateurs de surf, Piatã et bien d’autres.

Praia de Itapuã

La banlieue dévoile indiscutablement un nouveau visage de Salvador. L’embrouillamini d’impasses, de ruelles du centre ville cède la place aux artères plus aérées, toutefois congestionnées invariablement par le trafic dont le taux de croissance ne cesse d’augmenter.
Un réseau ferroviaire à l’état embryonnaire, des distances entre chaque agglomération considérables, des critères de mobilité dictés par un environnement professionnel exigeant, encouragent le brésilien à se déplacer exclusivement en voiture ou transports en commun.


Un réseau routier constamment saturé.
Salvador n’échappe pas à cette règle valable
pour
toutes les villes

Ici, on est à Paris, New York, Tokyo ou toutes autres grandes métropoles. La personnalité de Salvador se dissout dans un univers aseptisé se pliant aux injonctions de la consommation, la spéculation immobilière et l’opulence. Un ordre nouveau que le Salvadorien ne maîtrise pas toujours. L’urbanisme souffre souvent d’un aménagement hétéroclite. Panneaux publicitaires, tours poussant comme des pâquerettes au printemps, se bousculent avec en toile de fond une architecture d’avant-garde, des complexes immobiliers proposant généralement des services haut de gamme et des installations luxueuses destinées aux investisseurs ou un public aisé.

 

Une architecture et des aménagements urbains parfois étonnants

Au nord de Pituba, certainement mon quartier préféré, à un jet de pierre du surprenant Parque Metropolitano do Abaeté et son lac serti dans un écrin de dunes, le mètre carré s’achète au prix fort, le plus élevé de la capitale bahianaise. Ce n’est pas le fruit du hasard si le plus grand magasin de la ville, le Salvador Shopping, occupe non loin 153 000 mètres carrés de terrain avec 3 étages de boutiques dont 2 réservés au stationnement.

 
Le Salvador Shopping, la mecque du consommateur branché… et fortuné.

Pituba mon quartier préféré ?

Bah ! Le cœur à ses raisons que la raison ignore. Peut-être la proximité de l’océan me rappelant que tôt ou tard je quitterai cette ville avec Australis.


Lagoa do Abaeté
Des dunes au milieu de la ville

De l’autre côté, le Rio Vermelho, le centre culturel de la ville, ses plages animées surtout le jour de Iemanjá , ses hôtels et ses nuits enflammées par la musique électronique.

Iemanjá ! Ce mot, on le murmure, les lèvres s’agitent, on le chante, on le crie aux quatre coins du pays, principalement en terre bahianaise. Les chaînes de télévision locales, nationales débarquent, l’air frémit sous le ronronnement des betacams portées par des épaules voûtées de cameramen se livrant à des figures de haute voltige pour tourner le meilleur plan. Les journalistes agrippent, avalent presque le micro, émoustillés par l’atmosphère dégagée le jour de la fête de la Mer, le 2 février de chaque année au Rio Vermelho.

Iemanjá ! Dès l’aube, le Soteropolitano, le natif de Salvador, se lève et s’en va d’une marche encore lourde de sommeil vers le lieu-dit « maison des pêcheurs », un vieux bâtiment planté sur un éperon rocheux surplombant la mer. Hommes, femmes et enfants, tous deviendront acteurs d’une pièce qui se jouera en 3 actes selon un scénario cousu de fil blanc depuis des décennies. Une sorte de canevas en 3 dimensions. Les touristes viendront plus tard… en spectateurs.

Le premier acte commence dans la rue, à moins de cent mètres de la plage. Une débauche de percussions et danses qui embrasent les sens tandis les mimes et gesticulations des uns, amusent ou intimident les autres.

 
Premier acte : la danse pour les petits et les grands...

... et spectacle garanti.

Deuxième acte, la foule gonfle et se rassemble pour former une file démesurée. Une longue attente commence pour ces dévots. Ils soupirent, papotent, bâillent, mais tous rempliront de miroirs, fleurs, peignes et parfums, des paniers entreposés à l’intérieur de la maison des pêcheurs afin d'honorer la Reine de la Mer. Et pour les remercier de leur infinie patience, un « monsieur parfum » les arrose copieusement d’une lotion miracle. Ce jour-là, des litres et des litres de parfums couleront dans les cous, les dos, sur les visages.

Une attente parfois bien longue

Troisième acte, la mer. Des centaines de personnes investissent le rivage. On danse ici, on se recueille une dernière fois là-bas, avant de lancer un modeste bouquet de fleurs à l’eau pendant que le cortège d’embarcations part en mer, chargées des paniers qui s’en iront à la dérive, emportés par l’esprit de Iémanjá.

 
Troisième acte

Rarement les offrandes reviennent sur la plage, dédaignées par la divinité. Les âmes pieuses diront qu’elle est généreuse, les mauvaises langues penseront au contraire qu’elle serait sotte de refuser un cadeau.

Odoyá !