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Porto Santo...Le 20 septembre 2007 - Ou l'île du Capitaine Crochet.Le chenal d´accès à Faro aussitôt débouqué ce mercredi 12 septembre en fin d´après-midi, AUSTRALIS tente de tracer sa route vers l´Ouest, le Cap St. Vincent. Malheureusement, un mauvais vent nous oblige à naviguer plein Sud en attendant d´accrocher en début de soirée les brises thermiques soufllant habituellement de l´Algarve dont je distingue à peine le fragile liseré opalescent des plages. Vers minuit, le phare de Cabo de S. Vincente est pointé sur tribord. Un vent de secteur nord-ouest s´installe, augmente en puissance pendant quelques minutes. Je mouline par-ci, par-là, borde et choque les voiles pour affiner l´écoulement de l´air sur leur surface, respire un bon coup, satisfait, le sourire aux lèvres. Nous y voilà et puis... et puis plus rien. Les alizés portugais qui devaient commencer à imposer leur rythme tambours battants jusque l´archipel des îles Canaries s´essoufflent, agonisent, soupirent une dernière fois avant de mourir. Manque de pot, la brume s´invite également au beau milieu des bateaux de pêche, du chassé-croisé des navires corrigeant leur route afin de passer le détroit de Gibraltar et les autres venant des Amériques ou du continent africain, cinglant vers les grands ports du Nord. Le Havre; Rotterdam; Anvers; Bremen; Hamburg... N´étant pas d´humeur à me retrouver encalminé dans le brouillard entouré d´engins de 300 mètres de long, propulsés par leurs machines de plusieurs milliers de chevaux à la vitesse de 15 ou 20 noeuds, je décide de pousser AUSTRALIS en direction... non, pas les Canaries, mais une petite île, une poussière de sable située à quelques milles nautiques au nord-est de Madère. Porto Santo. En plus, ayant moi-même navigué autrefois à bord de ces bâtiments, je sais qu´ils suivraient tous, à quelques rares exceptions près, un cap parallèle au mien si je descendais sur les Canaries. Le coupable, ce n´est pas moi ni eux, mais le brouillard qui vient jouer les trublions ainsi qu´une sorte de "bulle anticyclonique" centrée au-dessus de ma tête comme une satanée épée de Damoclès. Je décide par conséquent de quitter au moteur la zone manu militari (une plaisanterie douteuse avec un moteur de 8 CV) en traversant les rails de séparations, ces autoroutes de la mer infréquentables pour des coquilles de noix telle qu´AUSTRALIS. Entre São Vincente et Porto Santo, que voit-on? Cette année, rien! Ou presque... Excepté une tortue qui refusait de respecter sa priorité de droite à mon passage, pas un chat. Déjà que l´amour notoire de ce charmant animal avec l´eau n´est plus à démontrer, autant dire que mes chances de rencontrer quoi que ce soit demeurent encore plus réduites que celles de croiser sur ma route un diplodocus accompagné de sa famille. Néanmoins, les conditions de navigation particulièrement agréables, le ciel étoile traversé de temps à autre par une étoile filante, me suffisent largement pour digérer plus facilement la déconvenue de la veille. Le lendemain, après plus de 24 heures de navigation à sec de toile et au moteur, ma bulle éclate dans les lueurs veloutées d´un superbe couché de soleil. Les voiles sont enfin envoyées et je redécouvre cette impression quasiment surnaturelle d´être seul au monde. Direction Porto Santo, la belle, l´aride, l´île dorée, l´île du Capitaine Crochet. Pour le navigateur, l´approche de cette île suscite toutes sortes d´interrogations et contradictions. De loin, environ 20 milles nautiques (37 kilomètres), elle ressemble à un gros caillou tombé du ciel, ou plutôt une terre surgie des profondeurs océanes les plus obscures atteignant ici 4000 mètres. Son relief tourmenté, évoquant les dents acérées d´une gigantesque mâchoire prête à nous croquer, témoigne d´une activité géologique récente. Il n´y a pas vraiment de cratère clairement visible, mais une succession de proéminences dont le ventre gargouille et ne demande qu´à se libérer d´une constipation trop longue. Toujours en l´approchant, sa masse sombre bleutée que l´on confondrait aisément avec un cortège de nuages courant sur l´horizon, suggèrerait aux esprits imaginatifs, un sentiment de désolation, un territoire sinistre. La végétation y est rare comme la plupart des terres d´origine volcanique.
Porto Santo vue du Sud vers le Nord Pour moi, c´est l´île du Capitaine Crochet. Ne me demandez pas pourquoi, je n´en sais strictement rien. Et, cela dit entre nous, dès que mon regard croise une île, je la baptise invariablement par le nom d´un des héros du livre Peter Pan. Le cahier du bord d´AUSTRALIS n´est pas seulement peuplé de chiffres, d´observations météos et de noms exotiques. On y trouve aussi ce qu´il y a de mieux en matière d´inventaire de héros de dessins animés. Il existe un peu de Peter Pan, Fée Clochette ou Capitaine Crochet en nous. Une île est un mythe, un rêve, reflet d´un idéal échafaudé, puis refoulé par beaucoup dès les premières heures de leur enfance au fil de lectures dégageant un parfum d´aventure souvent niais. Il n´empêche que moi-même, après plus de 30 années "d´errance aquatique", ne peux rester indifférent quand sur l´horizon se dressent les pointes tranchantes ou rondeurs de la terre tellement convoitée. À moins d´appartenir à l´ordre des androïdes totalement insensibles à toutes choses, un individu normalement constitué connaîtra toujours cette infime montée d´adrénaline, cette petite décharge électrique qui emballera le coeur une fraction de seconde. Mais quittons nos étoiles et revenons à des considérations plus terre-à-terre: Porto Santo. Il fut une époque où la presse nautique ne tarissait pas d´éloges envers le personnel de la petite marina ainsi que la rapidité avec laquelle la paperasserie s´effectuait. Sans doute la mauvaise expérience de l´un ou l´autre navigateur a terni cette image, certains leur emboîtant le pas en rajoutant une couche supplémentaire de propos peu amènes. Dans les faits, ce personnel se pliera généralement en quatre pour vous assister en fonction de ses moyens lesquels ne sont pas si limités comme on le prétend. À l´heure où je tapote ces lignes, le chantier de la marina est occupé à transformer un voilier de 15 mètres pour un programme de navigation dans les mers australes; des régions franchement hostiles. Tout est revu dans les moindres détails: cockpit; lest; étrave; modification des hublots; cloisons étanches, etc. À tous ceux qui persistent à écrire à la légère qu´il s´agit là de petits travaux ordinaires, je m´incline. ils seront probablement capables de transformer leur voilier (encore faut-il qu´ils en aient un) en porte-avions ou... sous-marin.
Vue générale du port de Porto Santo Porto Santo, c´est aussi l´île de Christophe Colomb puisqu´il y rencontra sa future femme. Les tourtereaux se marièrent sous l´oeil concupiscent des équipages tandis que les caravelles tiraient dans la baie sur leurs amarres comme des chevaux sauvages, impatientes de courir sur les vagues en direction du Nouveau Monde. En résumé, je ne peux que conseiller chaudement cette escale qui permettra d´éviter la foule et les désagréments du mouillage hyper saturé de Funchal à Madère. Il est parfaitement possible et même conseillé de mouiller l´ancre à l´intérieur du port, toutefois en dehors du périmètre d´évitement du Lobo Marinho, le ferry réalisant presque quotidiennement la liaison entre Madère la grande et sa petite soeur, Porto Santo.
Arrivée du Lobo Marinho à l´intérieur du port |