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Contact.Le 09 octobre 2007 - ... ou la rencontre avec un OFNI.Le matin du 5 octobre, j’observe le ciel. Dégagé, bleu comme le saphir et, afin de ne pas déroger à cette mystérieuse tradition qui nous accompagne depuis le début du voyage, pas de vent. Tant pis ! Si Éole fait la grasse matinée, nous ne l’attendrons pas. NORTHWOOD promet du vent dans 2 jours à 150 milles nautiques au sud des Canaries. Nous partirons le chercher là-bas. Bye, bye Los Cristianos, ton pic du Teide refusera toujours aussi obstinément de se montrer. Une mer d’huile, la rencontre de quelques globicéphales, d’un rorqual, l’infatigable ronronnement du moteur tournant à bas régime afin d’aider le pilote automatique à conserver son cap et moi priant tous les saints du ciel pour que les prévisions de NORTHWOOD ne s’effacent pas dans un nuage de poudre de perlimpinpin, planteront le décor des premières heures. Vers 23 heures, le deuxième jour, animé d’une appréhension, un sixième sens ou Dieu sait quoi, je dresse un œil vers le compas de navigation intérieur. Il me rend bien des services celui-là ! Les mouvements de la rose me signalent toujours et sans erreur d’interprétation, une modification dans le comportement du voilier. Inutile d’entendre, tout est visuel. Je la détaille de mes yeux gonflés de fatigue, relève quelques vibrations, fragiles, à peine perceptibles. Une fois, deux fois, elle hésite puis sous l’effet d’une force invisible, elle exécute une sorte de danse de Saint-Guy que je reconnais entre mille. La tête dressée en direction de la cuisinière montée sur cardan, j’enregistre presque machinalement ses balancements et souris. Bingo, mon gros loulou et mention spéciale pour NORTHWOOD ! Éole s’invite à bord sans frapper, mais il est pardonné. À l’extérieur, un croissant de lune flirte avec les constellations de Pégase et d’Andromède perdues au milieu d’une pluie d’étoiles. Un doux zéphyr caresse la peau, l’anémomètre indique 5 nœuds. Une vitesse suffisante pour envoyer le drifter et soulager le moteur. Tout va bien. Les jours suivants, AUSTRALIS glisse sur les vagues, aidé par le courant des Canaries, ce dernier puisant une vigueur inespérée dans la houle résiduelle développée par une dépression centrée sur les îles Selvagens au Sud de Madère. Chaque matin me conduit à inspecter invariablement le pont, les pièces d’accastillage tout en me consacrant à la cueillette aux exocets, ces poissons volants venus malencontreusement heurter le voilier au cours de la nuit. Et pour tuer le temps, il me passe par la tête de les peser. Entre 500 grammes et 1 kilo pour les plus gros en moyenne. Si à terre, selon l’adage bien connu tous les chats sont gris, ici, à bord d’AUSTRALIS, tous les exocets sont gris ! Impossible de les voir arriver. Lancés à une vitesse de croisière de 20 voire parfois 30 kilomètres par heure, ils atterrissent habituellement la nuit avec fracas sur le pont des voiliers et même, quoique plus rarement, sur des navires affichant un franc bord supérieur à 15 ou 20 mètres. Rapidement, je me prête à un petit calcul et me dis qu’une masse de 1 kilo se déplaçant à 20 kilomètres par heure pourrait laisser un mauvais souvenir à la personne percutée accidentellement au visage par ce micro missile (je ne parle pas des autres missiles de triste réputation, voués à un usage militaire)
Une mer comme je les aime... Toutefois, je n’ignore pas que céder à la tentation de m’abandonner à une farniente encouragée par ces premières journées de navigation débordant de magie, serait risquer d´oublier trop facilement les caprices de la mer, généralement source de sueurs froides auprès de ceux appelés à les subir. Le cinquième jour, AUSTRALIS s’enfonce silencieusement à la vitesse de 8 nœuds dans les profondeurs d’une nuit d’encre. Il est 22 heures, je me bats contre les dépôts de spaghettis carbonisés dans un fond de casserole. Ils collent, ils s’agglutinent comme des asticots autour d’un morceau de viande, ils m’énervent.
Brusquement, un choc. La structure vibre et la casserole m’échappe des mains quand je sens nettement le flotteur tribord monter, monter, monter inexorablement dans une course sans fin, avant de revenir se poser sur l’eau, aussi légèrement qu’une plume. Une vague? Plusieurs secondes seront nécessaires pour me ressaisir et comprendre que j’ai touché quelque chose. Un OFNI (objet flottant non identifié) Certainement pas un exocet… Non, pas de cette manière,mais quelque chose de suffisamment important pour soulever comme un fétu de paille AUSTRALIS. Milles pensées se bousculent avant que la raison ne l’emporte finalement sur la peur de voir l’eau monter à l’intérieur. Inutile de courir sur le pont, nous sommes déjà trop loin de la zone. Il fait trop noir. Pense au bateau, l’eau, les fonds, regarde les fonds. Je passe l’heure suivante à retourner les planchers, plusieurs fois afin de détecter une éventuelle voie d’eau. Rien. Je respire, mais ne suis que partiellement rassuré. AUSTRALIS est solide cependant je ne connais pas l’ampleur des dégâts. L’idée de mettre en panne dès qu’il fera jour et plonger afin d’examiner la carène me titille. Malheureusement, la mer est formée depuis la veille et des creux de 3 ou 4 mètres me donnent l’impression d’être ballotté sur un yoyo géant. Ce n’est pas le moment de jouer les funambules au milieu de l’océan et décide de rejeter l’option « plongée » À minuit, je calcule notre position. Une idée, meilleure, plus raisonnable, commence à germer et prend consistance dans ma petite tête. Mindelo sur l’île de São Vicente se trouve à moins de 2 jours de navigation. Nous ne serons pas en terrain étranger. Avec Mértola, Mindelo est l’autre port régulièrement visité par AUSTRALIS. Le chantier au port Onave permettrait normalement de mettre le voilier à sec et procéder à une estimation des dégâts avant de repartir. Voilà comment à 1 heure du matin, j´étais encore occupé à me bagarrer avec mes spaghettis et ma casserole. À bientôt pour la suite (mon petit doigt me dit que la série noire n´est pas terminée). J-L à bord d’AUSTRALIS 19°14 037N 023° 57 610W. |
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