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Le petit grain de sable (suite).Le 21 juillet 2007 - Une solidarité encouragée par l'isolement géographiqueÀ Mértola, le temps coule aussi paisiblement que le Rio Guadiana. Néanmoins, cette tranquillité est une illusion, car tous savent ici qu’ils ne pourront pas vraiment compter sur une aide extérieure si un malheur les touchait. Seules Béja et Serpa, les agglomérations les plus proches, sont équipées de structures médicales suffisantes et de groupes d’intervention en cas de sinistre majeur. Elles sont accessibles uniquement par les 70 kilomètres d’une route creusant un sillon étroit dans une vaste réserve naturelle, aride, à peine habitée. Les risques de catastrophes naturelles susceptibles de frapper la région ne sont pourtant pas négligeables. L’humeur du Rio Guadiana est capricieuse et les départs de feu, d’origine criminelle ou naturelle, sont monnaie courante. Cependant, qu’ils soient de Mértola, Corvos, Lados ou Alamo, les habitants de tous ces villages disséminés dans un véritable no man’s land, ont depuis toujours appris à vivre avec leurs peurs en développant d’instinct une forme de solidarité qui s’est imposée au fils du temps en authentique altruisme, un devoir désintéressé vis-à-vis de l’autre exposé à une menace qu’il ne pourra gérer seul. Vers le milieu de la nuit du 11 juillet (Cf. article précédent), les premières fumées envahissaient l’intérieur du voilier. L’air devenait irrespirable. Un coup d’œil rapide à l’extérieur indiquait sans équivoque que le feu n’était plus maîtrisé et le ballet incessant des véhicules de pompier, des gyrophares balayant l’obscurité de leurs faisceaux fluorescents à moins de 200 mètres, n’apportait décidément rien de rassurant. Les étoiles disparaissaient sous des vagues de nuages éclairés par des reflets orangés. Ils montaient dans la nuit, emportant vers la ville une nuée de particules blanchâtres et incandescentes, résidus sans doute de la combustion toute proche des herbes et branchages divers. Machinalement, j’avais fermé les robinets de sécurité des bouteilles de gaz à l’avant du flotteur bâbord ainsi que ceux situés à proximité de la cuisine. On ne sait jamais… Une heure plus tard, nous étions tous là. Nous, c’est Morais, Franscico, les pompiers, tous les autres que je connaissais moins et… les flammes à quelques mètres. Les femmes ainsi que les enfants furent évacués vers le centre de Mértola. Désappointés, certains ruminaient entre leurs dents une colère qu'ils maîtrisaient difficilement en songeant aux avions qui pouvaient parfaitement mettre un terme à la progression de ce feu. Un ou 2 passages au-dessus de la zone auraient vraisemblablement suffi. Malheureusement, ces avions étaient en ce moment en mission au sud de l’Espagne ainsi qu’en Grèce. Deux pays sévèrement touchés par les incendies. Personne ne comprenait et le doute s’immisçait parmi nous désormais entourés des craquements du bois rougi par les flammes qui caressaient déjà les murs d’une habitation par chance à l’abandon depuis des années. Les pompiers de Serpa attendus en début de soirée ainsi que 2 ou 3 véhicules des hameaux voisins, arrivaient enfin. Soit un total de 50 personnes. Une « goutte d’eau » pour affronter les centaines d’hectares sous la proie de flammes. Et pourtant, aux petites heures du matin, alors que les premiers rayons de soleil chassaient les lambeaux de brume à la surface de la Guadiana, faute de vent et de matière combustible pour l’alimenter, le feu ne se réduisait plus qu’à une poignée de petits foyers. Cliché
pris avant le feu de broussailles (Australis
au centre)
Cliché pris le lendemain (la zone sombre, indiquée par la flèche, donne une petite idée de la surface touchée par les flammes et la proximité des habitations) |