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Los Cristianos, stop ou encore?Le 03 octobre 2007 - L'usine à touristes.Le 25 septembre, contrairement à mes attentes, le pic du Teide ne daignera pas montrer le bout son nez, un voile laiteux couvre son sommet culminant à plus de 3700 mètres. Pourtant, je sens sa présence par de sensibles modifications dans le régime des vents qui soufflaient du secteur nord-est depuis le départ de Porto Santo. Déviés par cette masse rocheuse fantomatique, ils deviennent plus pointus, hésitent et ne savent s’ils doivent débouler sur la côte est, entre Ténérife et Gran Canaria ou partir vers le grand large, la Goméra, Hierro, l’Atlantique. Pour ma part, j’ai porté mon choix sur la côte ouest, située sous le vent, une zone protégée où je serai censé apercevoir baleines, dauphins et autres cétacés. Tant pis si Éole m’abandonne, mais au moins j’éviterai les accélérations parfois brutales des masses d’air sur la côte Est, soumise aux caprices du Teide. Abstraction faite de l’air béat des mouettes posées sur l’eau à mon passage, le bec à moitié ouvert, j’ai pu entrevoir, le temps d’un battement des paupières, le dos arrondi d’un rorqual sur bâbord à moins de cent mètres. Inutile de courir à l’intérieur chercher la caméra et espérer à mon retour lui demander de ne plus bouger avec un beau sourire. Pas terrible finalement, espérons qu’à mon départ, ces petites bestioles se montreront plus entreprenantes. Pas trop tout de même… Vers 22 heures, les feux de Los Cristianos se détachent à la dernière minute des néons et enseignes lumineuses flashant tous azimuts. J’ai même droit à un feu d’artifice, ce qui rend décidément l’approche bien délicate, et devine plus que je ne les voie la présence de bouées interdisant de mouiller à l’intérieur, la seule zone protégée de la houle. Les manoeuvres de nuit dans des endroits inconnus demeurent toujours une source de bonnes ou mauvaises surprises. Après avoir tiré un bord afin de passer à quelques mètres du Crusenstern (voilier école de quatre mâts battant pavillon russe) le crépitement de la chaîne d’ancre courant dans le barbotin du guindeau trouble un instant le calme apparent des eaux sombres. Première appréciation. La ville se réduit à des agences immobilières, des bureaux de change, des voyages organisés, des services de location de véhicules, des restaurants, des bars, des magasins de souvenirs, en veux-tu en voilà, fréquentés essentiellement par une clientèle britannique. Los Cristianos est une sorte de Gibraltar dénaturé. Vous ne flânerez pas dans les venelles ombragées, bordées de maisons ou magasins canariens, ici, vous êtes en Angleterre. Paradoxalement, au cours des trois premiers jours, je n’arrive pas à mettre la main sur l’office du tourisme, pas un taxi, pas un panneau de signalisation. Quant au bureau de poste… Il existe probablement, mais brille surtout par sa discrétion. Plus inquiétant, Los Cristianos, apprécié autrefois par les « voileux » qui s’y arrêtaient pour effectuer le gros, très gros, très, très gros ravitaillement avant de partir chercher les alizés, semble déserté par les magasins grandes surfaces. Une poignée de minuscules supermercado affichant des prix plutôt dissuasifs étouffent, coincés entre bars et boîtes de nuit. Le second contact sera la houle. Ballotté du matin au soir, AUSTRALIS me donne l’impression de s’emballer au rythme d’un flamenco endiablé tandis que je me vois déjà danser avec des castagnettes sur le pont pour l’accompagner. Telle est la vision de celui qui vient de la mer et mon cœur n’est vraiment pas disposé à céder pour Los Cristianos. Si vous êtes un adepte des valeurs défendues par l’écotourisme, préservation des cultures traditionnelles, approche et découverte des populations autochtones, vous vous trompez d’adresse. Pourtant, dieu sait combien l’intérieur des terres s’adapterait facilement à ce type d’activité. Los Cristianos illustre de manière extraordinaire, presque caricaturale, l’exemple à ne pas suivre. Mais, de ces premières impressions qui tentent généralement à clouer au pilori sans distinction le bon et le mauvais sur base d’un jugement excessif, il n’est pas rare de découvrir, après une touche d’obstination, qu’aussitôt « l’usine à touriste » derrière soi, Los Cristianos continue finalement à satisfaire les exigences du navigateur sur le point de lever l’ancre.
Coucher
de soleil sur le Crusenstern Ne rêvez pas trop. Ce cliché ne reflète pas vraiment la réalité. Un soleil rouge devant moi et dans mon dos, un interminable alignement d’hôtels, d’appartements ainsi qu’une étonnante plage peuplée de nudistes croisant les regards impénétrables de gens tirés à quatre épingles. Le quatrième jour, je découvre par hasard l’office du tourisme, le sésame, la caverne d’Ali Baba pour tous voyageurs civilisés. Le service est intégré au Centre culturel situé à dix minutes de marche du port de pêche. Non loin, la poste et à moins de cinq cent mètres mon super marché tant espéré. J’ai perdu stupidement trois jours ce qui m’obligera à faire l’impasse sur la découverte de l’intérieur de l’île. Cependant, les opérations de ravitaillement peuvent enfin débuter. Elles devront m’assurer une autonomie en eau et alimentation de 40 jours (je compte large). Pour me changer les idées et ménager ma déception…, je regarde Titanic, version James Cameron, celle aux 36 oscars. Un film superbement bien ficelé, mené par une solide brochette de comédiens. Puis à la fin, quand un Leornardo diCaprio tout bleu s’enfonce dans les eaux toutes noires de l’Atlantique tandis que la belle Kate Winsley souffle désespérément dans un sifflet le God save the Queen pour attirer l’attention des sauveteurs, je me souviens que demain nous partirons pour le Brésil et pour y parvenir, pas d’iceberg sur notre route. Nous traverserons seulement le pays des cyclones. Alors, stop ou encore ? Eh bien, montrons-nous bon prince, j’accorde une petit «encore» Los Cristianos conserve encore quelques atouts. Il reste un point de départ intéressant vers le Sud malgré le mouillage peu confortable (j’ai modifié 3 fois la position du voilier – voir ci-dessous), malgré l’absence d’infrastructure d’accueil pour les voiliers de passage. Et si la durée du séjour l’autorise, pourquoi se priver d’explorer l’intérieur des terres ? Los Cristianos infos pratiques: voir détails |