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Et voilà!Le 17 octobre 2007 - L’implant s’est envolé encore plus vite qu’un exocet.A présent, je ne pourrai plus succomber aux chants des sirènes. Le silence m’entoure. Impossible de percevoir le moindre bruit, seules les vibrations me parviennent. Une bourrasque plus forte que les autres et hop ! la corde du chapeau que je porte toujours afin de protéger précisément le processeur, a tout embarqué. Destination « poissons » N’imaginez pas que ceci se déroule à bord d’AUSTRALIS entre deux vagues écumantes de colère. Pas du tout. L’affaire se passe sur le quai d’embarquement du ferry qui devait m’emmener à Santo Antäo. Positivons, positivons… Ce n’est pas la fin du monde. Le service d’audiologie qui me suit, réagit directement et moins de 24 heures plus tard, un processeur de remplacement est expédié. Il ne reste plus qu’à s’engager dans la guéguerre administrative avec mon assurance. Je peux compter, j’en suis certain, sur l’efficacité de mon contact à terre. Je ne l’ai pas épargnée dès le début et elle se démène comme un beau diable. La météo déplorable sévissant à moins de 300 milles nautiques au sud des ilhas do sotavento (les îles sous le vent) devient un autre facteur qui me permet de dédramatiser. Comme si une sorte de main de la Providence m’empêchait de quitter Mindelo aussitôt après inspection des carènes et faire route plein Sud afin d’accrocher les alizés de l’hémisphère austral. « N’y va pas maintenant, tu vas casser ton beau bateau. Il est moins dangereux de perdre ton processeur. », semble dire mon ange gardien. Par ailleurs, les concurrents de la Minitransat (France-Salvador de Bahia) s’arrêtent les uns après les autres ici dans la baie de Porto Grande et l’état physique de certains d’entre eux témoigne des difficultés rencontrées. Ils étaient piégés dans la dépression dont je parlais dans l’article précédent. Dégâts matériels garantis. Le dernier voilier rentre actuellement dans la baie sur tourmentin, la tête de son mat décapitée. Finalement, cette escale imprévue sur l’archipel du Cap Vert n’apporte que de bonnes choses. L’ami Marco effectuera avec moi les réparations pendant les 4 jours de cale sèche au chantier ONAVE si je dispose de la place nécessaire. Sinon, tant pis, je descendrai directement sur Salvador comme les voiliers de la Minitransat. Il y aura du monde cette année sur cette route d’habitude déserte. Une question que vous vous posez sans doute : « Mais comment fait-il pour communiquer ? » Il n’y a pas de miracle. Sans processeur, l’implant ne travaille plus et je deviens plus sourd que les sourds. Au risque d’en décevoir plus d’un, la communication par le langage gestuel ne servirait strictement à rien dans mon cas puisque les pays visités sont trop souvent dépourvus de structure permettant le développement de ce type de communication. Une réponse trop courte qu’il convient évidemment de nuancer. Une situation conflictuelle latente déchire la petite communauté des personnes sourdes (entre 8 et 10% tout de même de la population mondiale) Qui est sourd, qui ne l’est pas ? Deux thèses s’affrontent. Le point de vue médical et l’aspect culturel. L´un ne va pas sans l´autre et pourtant il semble très difficile de concilier les avis des deux parties. Je suis un très mauvais sourd… très, très mauvais, même si l’audiométrie enregistre une perte supérieure à 100Db. Devenu sourd, m’exprimer oralement ne pose aucun problème. Néanmoins, si l’implant cochléaire restaure une grosse partie de l’audition, il ne réparera jamais la surdité. En plus, le porteur d’un implant cochléaire devient aussi dépendant de cette petite merveille qu’un fumeur accro de son paquet quotidien de cigarettes. Une panne ? On retourne dans les limbes du monde du silence. Alors, ma botte secrète pour communiquer actuellement ? Je n’en connais pas. Il n’y en a pas. L´esperanto aide, mais n´est pas une solution valable pour les personnes touchées par une surdité congénitale. Par contre, j’ai la chance de rencontrer des gens qui sont informés de ma situation. Inutile de la dissimuler. Ils l’acceptent sans difficulté ni récriminations, les yeux fermés et leurs grandes oreilles ouvertes. J’ai distribué un carnet ainsi que des bics afin qu’ils puissent écrire lorsque je n’arrive vraiment pas à comprendre. Beaucoup sont analphabètes et malgré cela font l’effort pour communiquer en gribouillant le peu de mots qu’ils connaissent. Et ça marche ! Il me sera toujours interdit d’appartenir à la petite sphère très fermée des sourds militant pour la défense d’une culture qui me rejetterait de toute manière. Mais ici, je pénètre doucement sur les terrains nauséabonds d’une polémique qui ne trouvera pas sa place sur ce blog. |