Culatra, la terre au bout du monde.

Le 07 septembre 2007 - Presque le bout du monde...

Cinq jours suffiront amplement pour inspecter les carènes et autres oeuvres vives d´AUSTRALIS avant le décrochage du Vieux continent.

L´endroit a résisté aux agressions de la modernité et demeure toujours un délice à croquer sans modération, une gourmandise à déguster sans gêne pour les amateurs en quête d´un dépaysement hors-norme ne fut-ce quelques heures, le temps de faire saliver leurs papilles sensorielles de saveurs ensevelies trop longtemps parmi le brouhaha de la métropole.

Culatra? Un petit coin de paradis également pour les catamarans posés sur les fonds sablonneux de la Ria Formosa. Le chenal d´accès par Olhão se révèle légèrement tarabiscoté, voire un traquenard, mais pour ceux qui viennent de Vila Real de San Antonio (mon cas), il représente le chemin le plus court. L´autre option consiste à remonter vers l´intérieur de la ria en empruntant une voie d´accès plus civilisée toutefois plus longue: celle du cap Sanra Maria. L´approche est franche et sans danger à l´étale de marée haute.

La ria Formosa à marée basse

AUSTRALIS est un habitué des lieux. Chaque année il s´invite parmi la petite communauté de pêcheurs occupant une étroite bande de sable balayée par les brises de l´Atlantique, l´éternel mouvement mouvement des vagues d´un côté et de l´autre, exposée à l´invasion des touristes déversés quotidiennement par le ferry effectuant la liaison entre Olhão et le la lagune pendant la haute saison.

Les cueilleuses de palourdes, mes proches voisines, me tiennent compagnie en fouillant les alluvions au rythme du cycle des marées, le dos courbé pendant des heures; travail en apparence insignifiant, mais combien éreintant. De temps à autre, le regard de l´une d´elles s´égare en direction du voilier, cet étrange Spoutnik à deux jambes qui vient perturber la quiétude d´une existence apparemment imperméable à la fièvre des grandes villes, aux foules s´agitant comme des abeilles excitées autour d´un pot de confiture. Et moi, je lui adresse un signe timide de la main, qu´elle me renvoie poliment, le visage éclairé d´un large sourire.

Pourtant, j´accorde ma préférence à une présence d´un tout autre genre. Silencieuse, de nature agréable, frappée d´une espèce de noblesse dans sa démarche, elle rôde autour d´AUSTRALIS le corps porté par une paire de jambes incroyablement longues et fines, observant de ses yeux noirs le moindre de mes gestes avant de partir vers nulle part d´un coup d´aile magnifique et puissant. Demain, je sais qu´elle sera de nouveau là pour recommencer son manège.

J´ignorais que les cigognes s´adaptaient au milieu marin.

Ma belle cigogne

D´autres passagers profondément indésirables envahissent la nuit l´intérieur du voilier. Des moustiques! Minuscules créatures du diable, similaires aux nonos, leurs lointains cousins des antipodes. Me badigeonner d´un produit anti-moustiques, à lire la notice du fabriquant, le plus efficace du marché actuellement, ne semble guère les impressionner. Ils m´aiment au point de me dévorer tout cru.

À l´aube, après une lutte acharnée et trop inégale, le spectacle est édifiant. Dans le miroir, je m´observe: "Coucou! salut toi, tu t´appelles comment?" Je me trouve un petit air de Frankenstein.

Hier soir, je promenais un oeil sur la mer de sable autour de moi et l´autre sur le système d´arrimage des poutres. L´ultime examen avant de prendre la mer. Sur les catamarans Wharram, les deux flotteurs sont reliés par des poutres, elles-mêmes arrimées aus structures du voilier par "des bouts de ficelles" Ceci pourrait m´exposer à la dérision, néanmoins j´affirme qu´un tel dispositif est quasiment indestructible. Mon travail m´absorbait tant qu´en me redressant, ma tête heurta le support métallique du moteur hors-bord. Bilan: un coup de gueule complètement déplacé dans un tel environnement, ma belle cigogne qui prend la poudre d´escampette et une jolie bosse. Ajoutée à celles des piqûres de moustiques, je ne suis plus Frankenstein, je suis suis bien plus beau, un être hybride à mi-chemin entre Docteur Jekills and Mr. Hide. J´estime désormais que je dispose de tous les arguments pour obtenir le premier rôle dans Le retour du bossu de Notre Dame ou plutôt, Le Bosselé de Notre Dame.

Culatra possède son épicerie, deux petits restaurants. L´eau est préciseuse. Quant à l´électricité... L´hiver se résume au gémissement du vent dans les allées ensablées. Ici, pas de rues asphaltées, pas de voitures ni de stations essence. On traverse le village en deux minutes, juste pour oublier l´effervescence de Faro et son aéroport tout proche. Ensuite, un regard innocent encore vissé sur une des plus belles plages d´Europe, le souffle de l´océan et ses secrets nous emportent. Là-bas, au-delà de l´horizon, repose l´Afrique. Un autre monde et nos pensées se mettent à vagabonder.

AUSTRALIS à sec - Ria Formosa